Les bédouins du Sinaï / 1

Un peuple fier et attachant

Madeleine et Philippe, deux habitants de la région lédonienne se rendent régulièrement à Dahab (Égypte) où le couple possède une petite maison. Là-bas, ils se fondent dans la communauté locale et adoptent son mode de vie dont ils témoignent avec affection. De leur dernier séjour ils ont ramené un reportage pour participepresent.net avec une galerie de portraits très attachants. Place à nos deux témoins et à leurs amis du désert

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"Lorsque l’on évoque l’Egypte on dépeint peu le Sinaï, péninsule située entre le golfe de Suez et le golfe d’Aqaba sur la Mer Rouge. La plupart des gens se demande encore si le Sinaï est Egyptien ou Israélien, reste des guerres passées. Les plus informés connaissent Sharm El Sheikh (le St Tropez de la région et l’endroit où s’est produit un accident aérien) ainsi que le monastère Sainte Catherine.

Nous voudrions passer sur les descriptifs que l’on trouve abondamment sur le web pour vous parler d’un autre Sinaï, de la ville de Dahab qui signifie "de l’or" en Arabe, de ses environs, des paysages bien sûr, mais, avant tout, nous voudrions vous décrire les personnes qui y vivent.

Dahab est une ancienne Oasis au bord de la Mer Rouge, devenue, au fil des ans, une petite ville vivant du tourisme. Les amoureux de la plongée viennent y admirer les récifs coralliens et les nuées de poissons colorés. D’autres voyageurs attirés par le désert, les djebel (montagnes), les wadi (vallées) partent en direction du mont Sinaï, à pied, en dromadaires ou en 4x4.

Tous ces gens côtoient les habitants de ces lieux magnifiques. Les Bédouins (les hommes de désert),les Égyptiens arrivés du Caire, de Suez ou du delta du Nil et de nombreux étrangers venus du monde entier poser leur sacs ou leur valises et vivre différemment.

Parlons donc des femmes et des hommes, parlons de Gilly qui vient d’Afrique du Sud, de Soliman qui vit dans le désert, de Saoud qui est responsable d’un des hôtels de la ville, d’Ibrahim qui est patron d’un atelier de confection et d’ Adel chirurgien dentiste.

Il manquera un portrait, celui d’une jeune femme Bédouine, ce portrait que nous aimerions tant réaliser reste actuellement une ébauche qui ne pourra pas être diffusée. La faute à qui ? A nous qui pensions pouvoir nous abstraire des impératifs locaux !"

Madeleine et Philippe


Qui sont les Bédouins ?

Le nom bédouin vient de l’Arabe « Bedu » qui signifie homme du désert.
Plusieurs centaines de tribus occupent la péninsule Arabique, la Syrie, la Jordanie, Israël et le Sinaï.
Quatre-vingt d’entre elles vivent en Egypte et une quinzaine parcourent le Sinaï dont les Muzeina qui habitent Dahab et sa région.

A droite:
Une photo de la région prise par Madeleine et Philippe qui y vivent deux mois par an

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I - Adel Ramadan: le dentiste qui rêve du grand large

Le cabinet dentaire d'Adel Mahmoud Ramadan a cette particularité d'offrir une vue imprenable sur les palmiers, les montagnes et la Mer Rouge.
Sa fenêtre grande ouverte sur ce paysage grandiose, Adel nous raconte son enfance à Alexandrie, ses études au " Queen Victoria College". Unique garçon d'une famille de trois enfants, il rêve de devenir marin, capitaine d'un bateau parcourant les mers.
A 18 ans, il se présente au concours d'entrée à l'école de la marine Égyptienne, mais c'est sans compter sur un ami de la famille, Officier de très haut rang, qui a détecté en lui un homme capable de créer et de bâtir. Cet ami fera en sorte qu'Adel ne soit pas reçu à son examen. Adel ne lui en tiendra pas rigueur. Il sait reconnaître les vrais actes d’amitié.
Reste à Adel à trouver sa voie entre médecine et école d’ingénieur. Il optera pour la faculté de dentiste sur les conseils de sa maman qui sait combien les dentistes Égyptiens ont bonne réputation. Quelques années d’études plus tard, Adel, qui à visité Sharm El Sheikh pour les vacances, y demande son affectation.
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Les méandres de l’administration le font atterrir 80 km plus haut à Dahab. Adel débute au sein de l’hôpital public et, très rapidement, crée sa propre clinique privée. Beau challenge dans une ville où tout était à construire et grande lucidité car Adel voit le Sinaï comme l’un des rares espaces ou tout peut encore être accompli, à condition de garder en tête l’avertissement des bédouins : "dans le Sinaï, un homme pressé est un homme mort".

Le cabinet dentaire d’Adel est aménagé comme la passerelle de commandement d’un des bateaux de ses rêves d’enfance. Le patient est assis confortablement, face à la mer. Le temps y est beaucoup moins long et Adel pratique son art de manière non agressive. Il en faudrait peu pour qualifier les moments passés dans sa clinique de moments de détente.

Adel ne veut pas se spécialiser mais recherche l’excellence dans de nombreux domaines. Il soigne les bédouins et les touristes équilibrant son temps de travail avec des périodes de réflexion et des voyages d’études qui le conduisent de Cologne à Dubaï.
C’est au bord de la lagune qu’on croise également Adel réfléchissant sur sa vie. Si vous savez prendre le temps de l’écouter, vous comprendrez qu’il ne la souhaite pas différente de ce qu’elle est.


II - L'atelier de confection d'Ibrahim Kamel

Ibrahim est né au Caire. Il y a fait ses études et a vécu dans la capitale égyptienne jusqu’à son service militaire.

Un diplôme d’électricien en poche et ne tenant plus en place, Ibrahim décide de travailler à l’étranger. Il part pendant sept ans visiter la Turquie, l’Irak et la Jordanie.


Revenant parfois en Égypte, Ibrahim est invité à Dahab par l’un de ses amis. Il découvre ce qui n’était qu’un petit village aux rues pas encore goudronnées. S’y trouvant tout a fait à son aise, ce voyageur décide d’y poser définitivement son sac et d’ouvrir un restaurant puis un bazar nommé "Ali Baba".

 

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Son atelier de confection, il l’a imaginé et créé plus tard car ce grand gaillard, qui supporte mal la routine, aime être son propre patron.

Pendant trois ans il a fabriqué des vêtements et alimenté toutes les échoppes bédouines installées sur la plage puis a orienté sa fabrication vers la production actuelle de coussins, de tentures, de moustiquaires, de sacs et de hamacs destinés aux hôtels ou aux particuliers.

Regrettant le temps ou Ibrahim confectionnait des vêtements, les jeunes bédouines viennent encore le voir, avant les mariages ou les cérémonies, pour retailler, arranger ou moderniser leurs habits de fête, et Ibrahim s’exécute avec le sourire.

Comme beaucoup d’Egyptiens, Ibrahim travaille six jours sur sept effectuant des journées de 10 à 15 heures, sans congés annuels, mais il ne s’en plaint pas.

Ibrahim a deux collaborateurs, Hosni et Mohammed. Ceux-ci à l’instar de nombreux compatriotes, et malgré le fait qu’ils soient très bien rémunérés, doivent compléter leur principale source de revenu par un second métier. Hosni vit dans un village connu pour confectionner de très belles robes de cocktail et Mohammed conduit les touristes.

Le portrait d’Ibrahim serait incomplet sans parler de Mariana, rencontrée il y a plus de dix ans. Mariana, sud africaine du Cap, dont il est tombé amoureux et à laquelle il a demandé de rester à Dahab et de devenir son épouse. Mariana qui n’a pas hésité à tout plaquer pour former avec Ibrahim un couple très uni.


III. Saoud: l'homme de ménage devenu directeur d'hôtel

Bien content de pouvoir faire une pause dans la vérification des notes et des fiches de paye de l’hôtel et des deux restaurants qu’il gère, Saoud Kayed vient s’asseoir avec nous à la terrasse du Nesima et nous parle dans un très bon anglais. En fait, Saoud parle trois langues étrangères.


"Je suis né le 14 octobre 1975 dans le nord du Sinaï. J’ai grandi au sein d’une des plus importantes tribus bédouines nommée les Byadiah. Enfant je surveillais les dromadaires et les moutons avec mes six frères et mes quatre sœurs.Nous avons vraiment grandi dans la tradition et la culture bédouine car mon père est non seulement le patriarche de cette grande famille mais il est également l’un des chefs coutumiers de la tribu. En arabe on appelle ces hommes des " sheikh "


Cette vie dans la tribu ne m’a pas empêché d’aller à l’école et de poursuivre mon éducation et mes études. J’ai étudié le droit à l’université et j’ai une formation d’avocat, mais j’ai préféré changer de carrière et me tourner vers le tourisme car j’aime être en contact avec des cultures différentes.Je suis venu à Dahab, invité par un ami pour quelques jours, mais dès mon arrivée j’ai aimé cet endroit. J’ai décidé d’y rester et de travailler ici.


J’ai débuté dans le tourisme au bas de l’échelle, à zéro, comme homme de ménage et j’ai gravi les échelons pour arriver aujourd’hui au poste de directeur général de l’hôtel le Nesima. J’aime mon travail et je ferai mon possible pour progresser encore.

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Le tourisme est bon pour l’économie de la région, même s’il interfère sur la culture bédouine, mais ce n’est pas si mauvais que l’on pourrait le craindre car chacun ici sait ce qui est mauvais ou bon et les bédouins savent pendre le bon et laisser le mauvais.

Ma vie est normale. Même si mon rythme de travail est soutenu, cela n’a pas d’importance parce que j’aime ce que je fais.

Je garde mes congés pour retourner voir ma famille et passer mon temps libre avec eux. J’aimerais rester ici et faire venir ma famille, ma femme et ma fille qui sont restées dans le nord Sinaï. Car j’aime cette ville, la mer et, plus que tout, la bonne atmosphère et le mode de vie de Dahab. Je vais travailler dur pour réussir pour moi et ma famille."


IV - Une "Springbok" au Bédouin Moon

Gillian Mansfield, Gilly pour les Bédouins et les amis, nous accueille à l’entrée du "Bedouin Moon". Ce très bel hôtel est situé au bord de la Mer Rouge, un peu à l’écart de la ville.

Née en Afrique du Sud à Johannesburg. Elle est venue pour la première fois dans le Sinaï en 1991. Cherchant à rompre avec son quotidien elle s’est rapidement sentie bien et rassurée parmi les bédouins

Ne s’installant pas immédiatement, Gilly fait des aller-retour entre l’Egypte et l’Afrique du Sud pendant cinq ans. Lassée de ces périples répétitifs et amoureuse de la ville, elle décide de s’installer définitivement dans le quartier bédouin d’Assala (au nord de Dahab) ou elle est propriétaire d’une très agréable maison bédouine.

Dès son installation a Dahab, Gilly s’est investie dans la vie économique et a largement aidé à imaginer et à aménager le "Bedouin Moon" au point que les deux bédouins propriétaires, Mahmoud et Zaied disent que c’est son bébé. Fidèle a ses engagements elle participe à la gestion et au bon fonctionnement du "Bedouin Moon" et de la boutique de vêtements attenante.

Son rythme de vie dépend pour grande partie du taux de remplissage de l’hôtel et, dans son quotidien, il n’y a guère de temps pour la plage et les balades. De 07 heures du matin à très tard dans la soirée, elle sert, elle renseigne, elle conseille.

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Gilly a épousé un bédouin et elle parle leur dialecte, mélange d’Arabe et de termes locaux qu’il est assez difficile d’appréhender. Sa connaissance des habitants des djebels lui permet d’orienter les amateurs vers des voyages (Safaris) ou soirées sous la tente bédouine adaptés à l’âge, aux capacités physiques et aux souhaits des visiteurs.

Si vous obtenez sa confiance, elle vous emmènera peut-être chez ses amis Bédouins car elle dispose d’une tente ou l’on passe d’agréables soirées à discuter en observant les étoiles et en fumant la chicha.

Son Futur, elle l’imagine à Dahab, car bien que le village qu’elle a connu soit devenu une ville, que les rues soient goudronnées, que l’on trouve moins de dromadaires (camels) dans les jardins, il reste, flottant dans l’air et presque palpable, cette essence de liberté qui l’a enracinée sur cette terre aride.


V - Soliman le magnifique

Après une journée de marche, assis auprès du feu de camp, nous préparant le repas du soir, Soliman Sallam nous confie qu’il est un bédouin de la tribu des Muzeina. Cet homme souriant, accompagné de son neveu, le jeune Soliman est heureux de pouvoir nous expliquer qu’il a fait le choix de demeurer dans le désert à Wadi Gazalla, la vallée des gazelles.

Sept familles sont installées à cet endroit situé non loin de la route reliant Dahab à Nuweiba. Elles vivent dans un village construit en dur ou les enfants jouent au milieu des chèvres et des dromadaires. L’une de leurs sources de revenus est le tourisme. Les familles du désert font éclore au bord des routes et à l’entrée des Wadis des "cafétérias bédouines" (c’est le terme usuel) ou sous la tente ombragée vous pouvez déguster un thé délicieusement parfumé accompagné de mets locaux.

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Vous pourrez y acheter des souvenirs beaucoup plus authentiques que ceux proposés dans les boutiques spécialisées. Les Bédouins organisent également des safaris (voyages) à dos de dromadaires (Camels) ou en 4X4. Ils vous font visiter leur terre à leur rythme, avec passion. Ils vous laissent le temps d’en saisir la complexité.

De juin à septembre, période ou les adolescents ne sont pas scolarisés, les familles quittent le village et s’enfoncent plus profondément dans le désert pour rejoindre un lieu nommé non sans humour, " wadi disco ". C’est à cet endroit que se déroulent, depuis des générations, les fêtes de mariage bédouins.

Les familles se regroupent et installent leur village de toile autour de quelques arbres, dans un lieu calme, frais et exempt de moustiques. Elles y élèvent les jeunes dromadaires et quelques chèvres, moutons, poules et poulets. C’est un endroit et une période privilégiée pour Soliman et sa famille. C’est la période ou les adultes ont enfin le temps de parler aux adolescents et de leur transmettre les savoirs faire et les coutumes de leurs ancêtres. Grâce à cela, de jeunes Bédouins savent encore faire cuire le pain à la braise dans le sable du désert.

L’eau y est rare, acheminée par camions citernes, elle est stockée dans de grands réservoirs et consommée avec attention et délice. Dans le désert on ne consomme que ce dont on a besoin. On y emmène également pas de superflus et encore moins d’inutile. On se contente de vivre et de se laisser envahir par cette paix si dure à gagner qu’elle devient richesse.

Soliman est marié , son épouse lui a donné six enfants , quatre garçons: Mohammed, Ismaël, Joseph et Abdel Amid et deux filles Oda et Fatma. Il vit du tourisme, organisant excursions et repas (il possède une cafétéria bédouine. Dans ces lieux magnifiques dont il connaît la beauté et la dureté, il maîtrise également l’usage des plantes médicinales locales. Que ce soit en pick-up, en camel (dromadaires ) ou à pied, il guide et explique, dans son anglais accompagné de dessins sur le sable, les trésors, les dangers et les usages de ces lieux.

Soliman ne souhaite pas vivre en ville, son avenir il le construit dans le djebel au sein de sa tribu qui a fait installer l’électricité il y a quelques mois et qui construit avec l’aide du gouvernement Egyptien une école qui sera ouverte aux enfants en septembre prochain. Inch Allah, dit il.




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