Dossiers
Espace abonné

L’échinococcose est une maladie qui peut avoir de très graves conséquences pour ceux qui en sont porteurs. Très concernée par cette infection, la Franche-Comté est aussi un centre de recherche en pointe avec une équipe scientifique pluridisciplinaire de niveau mondial pour sa compréhension et ses traitements. Rencontre avec certains de ses membres, entre deux voyages de par le monde.

L’échinococcose est une maladie qui nous est transmise par l’animal, directement ou indirectement, au travers des œufs d’un ténia du genre Echinococcus. En France, nous sommes concernés par l’échinococcose alvéo-laire. On la retrouve dans tout l’hémisphère nord, de la Chine à la France en passant par l’Allemagne et la Suisse. En France, les régions les plus concernées sont la Lorraine, l’Auvergne, Rhône-Alpes et la Franche-Comté. Dans certains cantons du Haut-Doubs, un habitant sur 1000 en est atteint.

Le ténia en cause est abrité par les renards ou les chiens, et produit des milliers d’œufs rejetés via les excréments de ces animaux. Quand on sait que l’infection des renards s’étend en Europe et que ces derniers sont présents à proximité des habitations, y compris aux périphéries des villes, on comprend pourquoi, dans un jardin potager non fermé, une vulgaire salade peut être porteuse d’œufs que nous pouvons ingérer. Les chiens pourront aussi disséminer ces œufs si, comme les renards, ils consomment des rongeurs infectés !

D’importantes lésions au foie

Sans entrer dans les détails de cette maladie chez l’homme, il faut savoir qu’elle était encore gravissime, il y a une vingtaine d’années.

Depuis, des progrès importants ont été réalisés, notamment grâce à des diagnostics par imagerie réalisés de plus en plus tôt. De tels diagnostics précoces font que cette maladie n’est plus que très rarement mortelle.

Pour autant, la période d’incubation chez l’homme est lente (entre 5 et 15 ans). Quant aux manifestations, elles sont peu nombreuses, si ce n’est des douleurs au foie. On peut donc rester longtemps sans s’en rendre compte et, lorsque le diagnostic est posé, les lésions du foie sont alors importantes.

Le parcours du patient diagnostiqué

Lorsqu’un médecin généraliste suspecte cette maladie, il va orienter son patient vers un spécialiste en hépatologie.

  • Au CHRU de Besançon, cet hépatologue est au centre d’une toile de spécialistes travaillant en réseau pour poser le bon diagnostic. Avant cela il va chercher à concrétiser la suspicion d’échinococcose alvéolaire grâce à des prises de sang et des biopsies (prélèvement de fragments de tissus).
  • D’autres examens seront engagés, allant de l’échographie classique jusqu’à l’utilisation d’une méthode d’imagerie médicale pratiquée par des spécialistes de médecine nucléaire.
  • Ensuite, au cours de réunions pluridisciplinaires les cas des malades sont présentés, afin de définir le meilleur angle d’attaque, ablation —totale ou partielle— du foie, traitement médicamenteux.

Actuellement, 120 patients sont suivis. Parmi eux, il y a des personnes sous traitement et d’autres considérées comme guéries et qui, comme dans le cas d’un cancer, font l’objet d’un suivi régulier.

Sur deux centres OMS au monde, l'un est en Franche-Comté !

La Franche-Comté a la chance d’avoir au sein de son CHRU (Besançon), à la fois le “centre national de référence” sur cette maladie, ainsi qu’un centre labellisé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un des deux dans le monde sur les échinococcoses.

Ce “centre national de référence” permet, pour faire simple, de regrouper sur un même site tout le savoir dont on dispose sur cette maladie en France. Il conduit des études, informe et conseille le milieu médical. Cette visibilité fait que les médecins viennent à lui plus facilement. D’où une meilleure sensibilisation de tous et un suivi amélioré de cette maladie sur l’ensemble du territoire.

Le centre collaborateur OMS regroupe six services hospitaliers allant de la réalisation d’analyses (imageries, biopsies) à la phase chirurgicale, en passant par la pharmacologie. En effet, les médicaments utilisés sont relativement toxiques. Il importe donc de procéder à un savant dosage entre effets secondaires et état d’avancement de la maladie... Enfin, pour être complet, ce centre reconnu mondialement s’appuie également sur des compétences hors secteur hospitalier, à l’université de Franche-Comté.

Celle sans qui l’aventure n’existerait pas

«  Récemment, nous étions interrogés par un infectiologue de Los Angeles pour un patient lithuanien ». La personne qui raconte cette anecdote est Dominique Angèle Vuitton.

C’est elle qui est à l’origine de ce pôle de compétences particulier, un centre de ressources aujourd’hui reconnu dans le monde entier, y compris en Chine, pays le plus touché. Après une spécialisation en chirurgie et en hépatologie et des études d’immunologie à Strasbourg, de retour à Besançon, elle décide de faire sa thèse sur un sujet que l’on redécouvre en Franche-Comté à l’époque,  notre fameuse échinococcose alvéolaire. C’est ainsi qu’elle découvre combien le parasite dépend de l’état immunitaire de celui qui l’héberge : une faiblesse du système, et il prolifère !

Au fil du temps, elle a l’intelligence de dépasser les murs du CHU pour associer d’autres spécialistes. Elle le fera avec des sociologues, comme avec des biologistes. C’est ainsi qu’elle embarquera dans ses aventures Patrick Giraudoux (Université de Franche-Comté) aujourd’hui spécialiste internationalement reconnu de l’écologie des populations animales.

Quand l’appel de la Chine (plus de 90% des cas d’échinococcose alvéolaire recensés dans le monde) se fait entendre, elle dit oui, « mais avec le reste de mon équipe ». Et cette collaboration dure depuis des années. Elle est convaincue que cette transdisci-plinarité a été essentielle dans la mise en place il y a quelques années, de recherches en éco-épidémiologie financées par les prestigieux Instituts américains de la santé (NIH).

Dominique Angèle Vuitton, bien qu’étant en retraite, poursuit ses travaux et ses voyages, qu’il s’agisse de participer à des séminaires ou de travailler avec les équipes qui se rendent en Chine. Elle y est d’ailleurs partie fin novembre.

Laurence Millon et Dominique-Angèle Vuitton

Laurence Millon, l’internationale

Laurence Millon, professeure de parasitologie au CHU de Besançon et responsable du service « parasitologie mycologie » était du voyage.  Elle travaille avec ses équipes sur ce parasite, persuadée que  « c’est en comprenant mieux pourquoi et comment le parasite se développe que l’on pourra mieux le traiter ».

Pour cette scientifique passionnée par ce sujet, il n’y a pas de meilleur terrain d’étude que la Chine car « le nombre de cas y est beaucoup plus important, ce qui permet d’avoir des échantillons et des statistiques beaucoup plus significatifs ». Mais elle ne s’arrête pas là puisqu’elle a coordonné un projet avec le Japon, participe à un projet franco-suisse ...

L’homme de l’imagerie, Oleg Blagosklonov

Cette étude franco-suisse était coordonnée par Oleg Blagosklonov, lequel intervient dans l’utilisation d’une technique d’imagerie pratiquée au service de médecine nucléaire du CHU de Besançon, la TEP (tomographie par émission de positions). Il participe à ce titre aux réunions pluridisciplinaires d’étude des cas d’échinococcoses, qu’ils soient de la région ou soumis par des collègues de l’autre bout du monde. Pour lui, c’est une maladie “opportuniste” qui sait rester tapie au fond de nous. Dans la prise en charge des malades, « la TEP permet de suivre l’évolution des patients chez lesquels la maladie est confirmée. Chez ceux qui sont traités, normalement la prolifération parasitaire s’estompe et il est important de s’en assurer ». Mais attention, l’échinococcose alvéolaire est une maladie dont on ne guérit pas rapidement. « On ne parle pas encore de guérison, mais on contient le parasite... ».

Oleg Blagosklonov (à droite) et Patrick Giraudoux (à gauche lors d’un déplacement en Chine).

Avec Patrick Giraudoux, le chainon manquant

Patrick Giraudoux a pour mission de comprendre ce qui se passe avant que le parasite n’entre en contact avec l’homme. Il s’intéresse donc aux rongeurs et carnivores qui le véhiculent, ainsi qu’aux milieux où ils vivent. Au fil des années il a vu son terrain d’études s’étendre. Au Japon, en Chine évidemment et au Kirghizistan, il a utilisé ses pièges à rongeurs.

« L’intérêt scientifique de la Chine tient à la diversité des écosystèmes et au nombre important de malades —15% dans des villages de l’est à comparer au 0,1% de certains cantons francs-comtois— ce qui donne situations et des échantillons intéressants pour progresser dans la compréhension de cette maladie ».

Le scientifique se double d’un humaniste qui montre la photo d’une jeune femme. « Elle a été opérée en 1995. Aujourd’hui elle est guérie ! En effet, nous ne faisons pas qu’étudier. Nous soignons également »...

 

Edito

Nous suivre sur Facebook

 
 

Aujourd'hui

ÇA S’EST PASSÉ EN AOÛT
79 : Éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi et d'Herculanum 
1291 : Signature du pacte fondateur de la Suisse
1532 : Traité de rattachement de la Bretagne à la France
1572 : Début du massacre de la Saint-Barthélemy
1589 : Henri IV monte sur le trône de France
1693 : Découverte du procédé de fabrication du champagne par Dom Pérignon
1786 : Première ascension du mont Blanc
1789 : Publication des décrets sur l'abolition des privilèges féodaux
1792 : Emprisonnement de Louis XVI
1793 : inauguration du Musée du Louvre
1815 : Napoléon part en exil pour l’île de Sainte-Hélène
1858 : Charles Darwin présente sa théorie de l'évolution
1914 : L’Allemagne déclare la guerre à la Russie
1930 : Première apparition de Betty Boop
1934 : Décès d’Hindenburg, Hitler devient président du IIIe Reich
1940 : De Gaulle est condamné à mort par contumace par un tribunal militaire du gouvernement de Vichy
1944 : Arrestation d'Anne Frank par la Gestapo
1945 : Bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis
1947 : Arrivée du radeau Kon-Tiki en Polynésie française après un périple de 6 900 km
1960 : Indépendance de la Côte d'Ivoire et du Sénégal
1961 : Début de la construction du Mur de Berlin
1962 : Arrestation de Nelson Mandela
Attentat du Petit-Clamart
Mort de Marilyn Monroe
1963 : Attaque du train postal Glasgow-Londres (30 millions de butin)
Discours de Martin Luther King : I have a dream
1974 : Richard Nixon démissionne à la suite du scandale du Watergate
1980 : Les ouvriers des chantiers navals de Gdańsk se mettent en grève
1981 : Présentation du premier ordinateur personnel
1982 : Attentat contre un restaurant juif rue des Rosiers dans le Pletzl à Paris : 6 morts
1985 : Disparition de Philippe de Dieuleveult au cours de la descente Africa-Raft aux environs d'Inga (RDC)
1990 : L'Irak envahit le Koweït,c’est le début de la primière guerre du Golfe
1999 : Éclipse solaire totale en Europe et en Asie
2015 : ouverture du nouveau canal de Suez en Égypte